AFRICOLD

Défis et opportunités liés à la structuration de la chaîne du froid dans les climats chauds

Partenaires :

  • INRAE, France
  • UCAD, Sénégal
  • UDSM, Tanzanie

Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les pertes liés au manque d’infrastructures frigorifiques après récolte sont considérables : jusqu’à 30 à 80% selon les filières, contre environ 12% à l’échelle mondiale. Au Sénégal, près de 45% des fruits et légumes peuvent être perdus après la récolte ; en Tanzanie, l’ordre de grandeur est d’environ 40%.

Ces pertes ont un fort impact environnemental, compromettent la sécurité alimentaire et menacent la stabilité économique des petits exploitants. Renforcer la chaîne du froid apparaît donc comme un levier essentiel pour réduire les pertes alimentaires, améliorer la qualité des produits et accroître la durabilité des systèmes alimentaires.

Dans ce contexte, le projet AFRICOLD, porté par INRAE, l’UCAD (Sénégal) et l’UDSM (Tanzanie), analyse les chaînes du froid de filières stratégiques en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Le projet s’appuie sur des cas concrets : la mangue et la carotte au Sénégal, l’avocat en Tanzanie. Il combine des mesures de terrain, des entretiens avec les acteurs et une expertise en réfrigération pour identifier les points critiques et proposer des solutions adaptées aux climats chauds et aux besoins des producteurs. AFRICOLD avance sur deux fronts : comprendre finement les chaînes existantes et tester des leviers d’amélioration.

Les mangues et les carottes au Sénégal, ainsi que l’avocat en Tanzanie, ont été retenus parce qu’ils concentrent à la fois un fort potentiel économique et des vulnérabilités majeures après récolte. L’équipe d’INRAE-FRISE apporte son expertise en procédés frigorifiques et en diagnostic de chaîne du froid. L’UCAD coordonne l’ancrage au Sénégal sur les filières mangue et carotte, tandis que l’UDSM structure le travail en Tanzanie sur l’avocat. Concrètement, les équipes cartographient les acteurs, réalisent des entretiens, instrumentent des circuits logistiques avec des capteurs (température, humidité, lumière, choc, GPS), puis croisent ces données pour identifier les points critiques et proposer des solutions low-tech adaptées.

Premiers résultats

Durant la première année, une mission de terrain au Sénégal a permis d’étudier la filière mangue dans les trois principales zones de production. Les entretiens menés ont en partie confirmé nos hypothèses initiales mais ont surtout permis d’identifier les contraintes réelles auxquelles font face les acteurs de la filière ainsi que leurs priorités. Ils ont ainsi fait émerger à la fois des enjeux techniques et organisationnels majeurs tels que le manque d’infrastructures de transport appartenant aux producteurs et par conséquent leur forte dépendance aux transporteurs, la forte pression des intermédiaires et la saturation des marchés locaux en l’absence de solutions de conservation, générant des pertes. Ces pertes estimées localement entre 20 et 30 % ne sont pas dues qu’à un manque d’infrastructures frigorifiques mais également à la prolifération de la mouche des mangues qui représente un véritable fléau et génère des pertes considérables déjà au niveau des champs.

Un résultat clé est la mise en évidence de deux types de filières : la filière d’exportation, quasi entièrement réfrigérée, et la filière locale, caractérisée par une absence totale d’infrastructure frigorifique. Les mesures montrent des écarts très nets : dans les chaînes non réfrigérées, les fruits sont exposés à des températures de 30 à 40 °C ; dans la chaîne réfrigérée analysée, les températures se stabilisent autour de 8 à 12 °C, mais le refroidissement initial est lent lorsque les fruits ne sont pas pré-refroidis, et une rupture de froid apparaît au déchargement.

Prochaines étapes

La deuxième année étendra le travail à la carotte au Sénégal et à l’avocat en Tanzanie, avec des essais en France pour tester différentes combinaisons de température et d’humidité. Le projet entrera ensuite dans une phase de test de solutions technologiques sobres adaptées aux contraintes locales.

« AFRICOLD montre que la chaîne du froid de la mangue au Sénégal n’est pas seulement une question d’équipement. C’est un système complet, qui relie les producteurs, les coopératives, les transporteurs, les exportateurs, l’énergie disponible et les pratiques de manutention. Sur le terrain, quelques heures d’exposition à la chaleur ou un fruit qui n’a pas été pré-refroidi peuvent peser sur toute la valeur d’une récolte. Notre objectif est d’identifier, avec les partenaires africains, les solutions les plus utiles, les plus sobres et les plus réalistes pour réduire les pertes et sécuriser les revenus. TSARA nous permet de faire cela en co-construisant la recherche avec les équipes locales et les acteurs des filières, à partir de leurs contraintes réelles et de leurs priorités. »